UN MOMENT D’INTIMITE
linogravure, craie sur papier
24 X 33 CM
BY Gabriela Liuba Loor
linogravure, craie sur papier
24 X 33 CM
BY Gabriela Liuba Loor

Artiste équatorienne installée en France, Gabriela développe une pratique sensible autour de la présence, de l’absence et des traces laissées par le corps dans l’espace.
Née le 18 mars 1987 en Équateur, Gabriela développe très tôt un désir de dessiner et de créer. À dix ans, elle part aux États-Unis, où elle est scolarisée pendant un an afin d’y apprendre l’anglais. De retour en Équateur, son projet artistique se précise.
Elle arrive en France à l’âge de 17 ans. Elle poursuit sa scolarité en France, obtient un baccalauréat littéraire, puis effectue une année de préparation aux concours des grandes écoles avant d’intégrer les Beaux-Arts. D’abord engagée dans une pratique picturale, elle découvre les ateliers d’impression-édition et se forme à la lithographie et à la sérigraphie.
La lithographie devient alors un terrain de recherche privilégié. Elle confronte la lourdeur, la lenteur et la dimension physique de cette technique à la simplicité d’un trait, souvent en noir et blanc. De ce contraste naît une réflexion sur la complexité et la nécessité de faire autrement : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Durant ses années aux Beaux-Arts, son travail s’attache à observer et à questionner la société. Elle s’intéresse à la consommation, aux normes et aux mécanismes qui enferment les individus dans des catégories définies. Ses œuvres donnent une place à celles et ceux qui restent en marge de cette « normalité », rendus invisibles ou éloignés du regard collectif.
À l’entrée de sa cinquième année, sa trajectoire est brutalement bouleversée par la découverte d’un méningiome cérébral, qui nécessite une opération en urgence. À la suite de celle-ci, un AVC entraîne une paralysie de la moitié gauche de son corps et laisse des séquelles durables. Cette expérience transforme profondément son regard et sa pratique : elle ne représente plus seulement l’invisible, elle en fait désormais l’expérience.
Ne pouvant plus pratiquer la lithographie comme auparavant, Gabriela revient au dessin, à l’aquarelle et au papier. Elle explore également le papier mâché et des matériaux modestes, dans une période vécue comme un temps de fragilité et de désordre. Le papier devient alors un espace sensible, en résonance avec un corps devenu lui-même vulnérable.
Aujourd’hui, sa recherche se poursuit autour de la question de la place : sa place dans la société, celle d’un corps qui a changé, d’un handicap devenu invisible avec la récupération, mais qui continue pourtant de conditionner le quotidien. Que signifie être présent lorsqu’une part de soi échappe au regard des autres ? Comment occuper l’espace lorsqu’on a parfois le sentiment d’être soi-même une « tache » dans cet espace ?
Son travail actuel explore ainsi la présence et l’absence, le visible et l’invisible, et la manière dont une personne inscrit sa trace dans un environnement. Par le dessin, la peinture, le papier et le son, Gabriela interroge ce qui demeure lorsque le corps, la société et le regard des autres ne disent pas la même chose.