top of page
Le réel n’est jamais aussi stable qu’il le paraît. Sous sa surface apparente, il se fissure parfois, se déplace légèrement, s’ouvre à des perceptions plus instables où le quotidien devient plus poreux, plus ambigu. Dans ces interstices discrets naît une autre lecture du monde, où l’étrangeté n’est jamais très éloignée de l’évidence.

L’imaginaire n’interrompt pas le réel : il le prolonge. Il en révèle les couches invisibles, les résonances silencieuses, les zones d’incertitude où les choses semblent changer de nature sans jamais tout à fait disparaître. Le familier se trouble, acquiert une autre densité, une autre lumière. Ce déplacement subtil du regard constitue le point de départ de cette exposition. Le rêve, le surréalisme, les imaginaires symboliques et sensibles ne sont pas ici envisagés comme des échappatoires au monde, mais comme des modes d’accès à sa profondeur. Ils dessinent une zone intermédiaire, fluide, où les formes ne sont jamais totalement fixées et où les significations demeurent ouvertes.

Cécile Chomette inscrit sa pratique dans une relation profondément sensible à la nature. Pour elle, l’art constitue un espace de transformation et de perception, presque thérapeutique, permettant de ressentir autrement ce qui nous entoure. Ses représentations révèlent l’évanescent et la fragilité à travers un univers peuplé de portraits de femmes, chacune porteuse d’une histoire singulière. Le visage devient alors moins un lieu d’identification qu’un espace de projection, où se rencontrent présence, mémoire et intériorité.

Chez Cécile Vert-Pré, la peinture abstraite se construit dans une recherche d’équilibre entre ce qui apparaît et ce qui se ressent. La couleur, le contraste et la précision de la composition deviennent les instruments d’une perception qui dépasse la simple lecture formelle. Nourrie notamment par la rigueur graphique et l’élégance chromatique de Tamara de Lempicka, son œuvre fait dialoguer maîtrise et sensibilité, structure et vibration.

Christelle Pensarini explore quant à elle les frontières mouvantes entre abstraction et figuration. Son travail interroge notre besoin d’identifier, de reconnaître, de nommer — notamment face au paysage. Transparence, forme et matière deviennent les éléments d’une peinture qui refuse de se laisser enfermer dans une lecture univoque. L’œuvre devient ainsi le support d’un imaginaire personnel, mais aussi d’une mémoire diffuse, où chacun peut projeter ses propres associations.

La peinture de Marina Popović se distingue par une gestuelle libre, puissante et profondément expressive. Le geste y conserve toute son énergie, jusque dans son imprévisibilité finale. Des œuvres de formats différents, réalisées de la première moitié des années 2000 à aujourd’hui, composent un ensemble d’une remarquable intensité. Elles semblent se répondre et s’enchaîner comme une frise en mouvement, faisant apparaître, dans leur continuité, la trajectoire d’une artiste qui construit son langage avec une persévérance et une énergie constantes.

Avec Lecomitz, le geste et le mouvement deviennent les fondements mêmes de la composition. Dans Les Faucheurs, les corps penchés, les lignes dynamiques et la répétition des courbes organisent la scène autour d’un rythme presque chorégraphique. Le mouvement ne constitue plus seulement le sujet de l’œuvre : il en devient la structure, donnant à la représentation une tension physique et une puissance presque primitive.

L’œuvre de Virgilio Patiño se distingue par une sensibilité atmosphérique rare, capable de traduire la puissance silencieuse du paysage et la relation intime qui unit territoire, lumière et émotion. Profondément enracinée dans l’imaginaire colombien, sa peinture dépasse pourtant toute lecture strictement géographique. Le paysage y devient un état intérieur, un espace mental où la lumière et la matière portent autant de mémoire que de présence.

Dans une approche tout aussi sensible du monde naturel, Beatriz B. Serdna ne cherche pas à reproduire fidèlement un lieu. À travers l’huile et l’acrylique, elle compose des paysages qui relèvent davantage de la sensation que de la représentation. Chaque œuvre devient une interprétation subjective de l’environnement, une évocation atmosphérique dans laquelle la réalité extérieure se transforme en expérience intime.

Ainsi, le réel se déplace sans jamais disparaître. Il devient matière à sensation, à mémoire et à projection. Les paysages cessent d’être de simples motifs pour devenir des états d’âme ; les visages, des récits ouverts ; le geste, une trace de présence ; l’abstraction, un espace où l’imagination peut circuler librement. Ce parcours propose moins une définition de l’étrange qu’une expérience de son apparition. Il invite à regarder plus longtemps, à accepter l’incertitude, à laisser les formes produire leurs propres résonances.

Inès El Aoufir
Coordinatrice d’expositions

RÊVE ET RÉALITÉ 2026

CÉCILE CHOMETTE - MARINA POPOVIĆ - CÉCILE VERT-PRÉ - LECOMITZ - VIRGILIO PATIÑO - BEATRIZ B. SERDNA - JUANITA OOSTHUIZEN - CHRISTELLE PENSARINI

Exposition collective
15.09.26 - 29.09.26

Le réel n’est jamais aussi stable qu’il le paraît. Sous sa surface apparente, il se fissure parfois, se déplace légèrement, s’ouvre à des perceptions plus instables où le quotidien devient plus poreux, plus ambigu. Dans ces interstices discrets naît une autre lecture du monde, où l’étrangeté n’est jamais très éloignée de l’évidence.


L’imaginaire n’interrompt pas le réel : il le prolonge. Il en révèle les couches invisibles, les résonances silencieuses, les zones d’incertitude où les choses semblent changer de nature sans jamais tout à fait disparaître. Le familier se trouble, acquiert une autre densité, une autre lumière. Ce déplacement subtil du regard constitue le point de départ de cette exposition. Le rêve, le surréalisme, les imaginaires symboliques et sensibles ne sont pas ici envisagés comme des échappatoires au monde, mais comme des modes d’accès à sa profondeur. Ils dessinent une zone intermédiaire, fluide, où les formes ne sont jamais totalement fixées et où les significations demeurent ouvertes.


Cécile Chomette inscrit sa pratique dans une relation profondément sensible à la nature. Pour elle, l’art constitue un espace de transformation et de perception, presque thérapeutique, permettant de ressentir autrement ce qui nous entoure. Ses représentations révèlent l’évanescent et la fragilité à travers un univers peuplé de portraits de femmes, chacune porteuse d’une histoire singulière. Le visage devient alors moins un lieu d’identification qu’un espace de projection, où se rencontrent présence, mémoire et intériorité.


Chez Cécile Vert-Pré, la peinture abstraite se construit dans une recherche d’équilibre entre ce qui apparaît et ce qui se ressent. La couleur, le contraste et la précision de la composition deviennent les instruments d’une perception qui dépasse la simple lecture formelle. Nourrie notamment par la rigueur graphique et l’élégance chromatique de Tamara de Lempicka, son œuvre fait dialoguer maîtrise et sensibilité, structure et vibration.


Christelle Pensarini explore quant à elle les frontières mouvantes entre abstraction et figuration. Son travail interroge notre besoin d’identifier, de reconnaître, de nommer — notamment face au paysage. Transparence, forme et matière deviennent les éléments d’une peinture qui refuse de se laisser enfermer dans une lecture univoque. L’œuvre devient ainsi le support d’un imaginaire personnel, mais aussi d’une mémoire diffuse, où chacun peut projeter ses propres associations.


La peinture de Marina Popović se distingue par une gestuelle libre, puissante et profondément expressive. Le geste y conserve toute son énergie, jusque dans son imprévisibilité finale. Des œuvres de formats différents, réalisées de la première moitié des années 2000 à aujourd’hui, composent un ensemble d’une remarquable intensité. Elles semblent se répondre et s’enchaîner comme une frise en mouvement, faisant apparaître, dans leur continuité, la trajectoire d’une artiste qui construit son langage avec une persévérance et une énergie constantes.


Avec Lecomitz, le geste et le mouvement deviennent les fondements mêmes de la composition. Dans Les Faucheurs, les corps penchés, les lignes dynamiques et la répétition des courbes organisent la scène autour d’un rythme presque chorégraphique. Le mouvement ne constitue plus seulement le sujet de l’œuvre : il en devient la structure, donnant à la représentation une tension physique et une puissance presque primitive.


L’œuvre de Virgilio Patiño se distingue par une sensibilité atmosphérique rare, capable de traduire la puissance silencieuse du paysage et la relation intime qui unit territoire, lumière et émotion. Profondément enracinée dans l’imaginaire colombien, sa peinture dépasse pourtant toute lecture strictement géographique. Le paysage y devient un état intérieur, un espace mental où la lumière et la matière portent autant de mémoire que de présence.


Dans une approche tout aussi sensible du monde naturel, Beatriz B. Serdna ne cherche pas à reproduire fidèlement un lieu. À travers l’huile et l’acrylique, elle compose des paysages qui relèvent davantage de la sensation que de la représentation. Chaque œuvre devient une interprétation subjective de l’environnement, une évocation atmosphérique dans laquelle la réalité extérieure se transforme en expérience intime.


Ainsi, le réel se déplace sans jamais disparaître. Il devient matière à sensation, à mémoire et à projection. Les paysages cessent d’être de simples motifs pour devenir des états d’âme ; les visages, des récits ouverts ; le geste, une trace de présence ; l’abstraction, un espace où l’imagination peut circuler librement. Ce parcours propose moins une définition de l’étrange qu’une expérience de son apparition. Il invite à regarder plus longtemps, à accepter l’incertitude, à laisser les formes produire leurs propres résonances.


Inès El Aoufir

Coordinatrice d’expositions

bottom of page