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L'ÉTOFFE DU SILENCE

AMEL BENMOHAMED

Exposition Itinérante
25.07.25 - 27.07.25

Traversant les styles et les civilisations depuis des millénaires, le drapé porte en lui une histoire

d’élégance et de présence. Par l’opulence de ses matières, la richesse de ses formes et la subtilité

de ses plis, il magnifie le corps et révèle l’âme. À chaque époque, il insuffle une forme de noblesse

non celle des titres, mais celle du geste, du souffle et de l’émotion. Il devient œuvre. Le drapé est un art.


Dans mon travail de sculpture, une simple étoffe devient une forme vivante, une architecture de

textile. Je dompte la matière, j’architecture le volume, je modèle le tissu comme d’autres travaillent

la terre ou le marbre. Il faut soin, doigté, patience et créativité. Le drapé n’est pas accessoire : il est

mouvement, il est souffle, il est lumière.


Jeux de transparences, effets d’ombre et de lumière, fluidité graphique, tension du pli tout concourt à une mise en valeur presque théâtrale. Chaque pli moule le corps ou en suggère l’absence. L’étoffe, roulée ou raide, tonique ou vaporeuse, célèbre par ses fibres une évaporation féerique. Sa légèreté, sa souplesse, sa résistance offrent des possibles sans fin.


Je travaille la matière textile comme une peau vivante, souple et mouvante, que je façonne à la main dans une approche instinctive, presque chorégraphique. Le tissu devient volume, ligne, respiration.


Je le plie, le froisse, le laisse onduler librement ou je le tends avec précision, à la recherche d’un

équilibre entre retenue et abandon.


Chaque drapé est une trace de geste, un instant suspendu. Parfois, je choisis de figer ce moment à

l’aide d’un fixateur, comme un souffle arrêté dans le temps. D’autres fois, je laisse la matière libre

de vivre ses propres tensions, ses mouvements internes, ses possibles métamorphoses.


Ce travail engage le corps tout entier. Le tissu résiste, réagit, garde la mémoire du contact. Je

dialogue avec lui, je l’écoute. La forme ne naît pas d’un dessin préalable, mais d’un corps-à-corps

avec la matière. C’est un travail lent, méditatif, proche d’une pratique de l’attention. Je me laisse

aller au toucher, à l’intuition. Les mains guident, tâtonnent, épousent les plis sans chercher à les

contrôler. Et toujours, je me surprends à voir naître une sculpture qui me parle une présence

inattendue, qui m’interroge par sa beauté singulière, presque accidentelle. Elle surgit, fragile et

évidente à la fois, comme un mystère révélé dans le silence du geste.


Mes sculptures naissent ainsi d’un va-et-vient entre la douceur du tissu et la volonté de la main.

Elles convoquent la sensualité, la légèreté, mais aussi la force des formes silencieuses.

C’est dans cette recherche d’équilibre intérieur que la verticalité s’impose peu à peu.


La verticalité que j’adopte dans mes sculptures n’est pas anodine : elle affirme une présence debout, comme un souffle qui s’élève, une colonne fragile entre terre et ciel. Elle incarne à la fois l’ancrage et l’élévation, la force tranquille de ce qui résiste au temps.


Elles tiennent debout comme des présences fragiles mais affirmées, qui parlent sans bruit du corps, du souffle, de l’intime.


Chacune d’elles évoque une tension entre l’éphémère et le permanent, entre le flottement et

l’ancrage. Elles sont à la fois fragments de paysage intérieur et échos d’un mouvement plus vaste

celui du vent, du temps, du vivant.

Irena Marić

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