
ECHOS SUSPENDUS 2026
LUKE BESSETTE - MARINA POPOVIĆ - BEATRIZ B. SERDNA - CHARLOTTE VAGOGNE - FRANCISCO LONDOÑO - JANETTE KAMPHERBEEK
Exposition collective
02.09.26 - 13.09.26
Échos Suspendus explore ces traces qui persistent en nous. Mémoire personnelle ou collective, sensations, gestes, objets, paysages et figures deviennent autant de fragments à partir desquels les artistes construisent des images ouvertes. La mémoire n’est pas ici envisagée comme une archive figée, mais comme une matière vivante : elle se déforme, s’accumule, s’efface, réapparaît et se transforme au contact du présent.
Luke Bessette crée des formes organiques, des figures hybrides et des espaces affranchis de sa réalité. La peinture devient un monde en soi, peuplé de lignes libres, de couleurs audacieuses, qui semblent obéir à une logique propre. À la manière de Joan Miró, Luke Bessette travaille des formes échappant aux lois du monde réel.
Chez Charlotte Vagogne, la notion d’accumulation occupe une place centrale. Cette pratique trouve un précédent essentiel dans le travail d’Arman, figure du Nouveau Réalisme, qui à travers ses Accumulations transforme la répétition d’objets ordinaires en une nouvelle forme artistique. Vagogne prolonge cette logique avec les reliques de l’enfance : figurines, animaux, ou bonbons deviennent matière picturale, et une nouvelle image. Son travail peut également être mis en regard de celui de Yayoi Kusama, dont les processus de répétition et de prolifération de la forme et de la couleur, conduisent à une véritable saturation de l’espace.
L’attention portée au paysage comme espace de perception trouve une autre expression dans l’œuvre de Virgilio Patiño, grand paysagiste colombien contemporain de Fernando Botero et rattaché à la dernière génération de l’École de la Sabana. Patiño développe une recherche singulière autour de la technique inversée sur verre et sur acrylique transparent. Ce procédé donne à ses paysages une luminosité et une profondeur particulières, transformant les caféières, montagnes, cascades et brumes colombiennes en espaces de mémoire et de contemplation.
La recherche de Marina Popović interroge la relation entre perception et pensée, et envisage la peinture comme un lieu de recherche plutôt que comme une image définitivement constituée. Cette conception de l’image comme espace d’interprétation fait écho à Cy Twombly, qui a brouillé les frontières entre peinture, dessin et écriture. Ses traces, griffures et signes font du geste pictural un langage ouvert, dont le sens ne se donne jamais entièrement.
La question du geste et du mouvement apparaît également dans le travail de Lecomitz. Sa composition s’organise autour de lignes dynamiques, de corps penchés et de courbes répétées qui donnent à la scène son rythme. Il ne cherche ainsi pas l’effet spectaculaire, mais une peinture construite autour de la répétition, de la continuité et de la lisibilité du geste.
Enfin, le travail de Janette Kampherbeek s’inscrit dans une tradition de représentation de la figure humaine où le corps devient le lieu d’une interrogation sur la présence et l’existence. Alberto Giacometti constitue ici une référence essentielle : ses figures fragiles et indéfinies semblent émerger de la matière tout en restant insaisissables. La figure n’est plus le portrait d’un individu, mais une forme universelle à travers laquelle se manifeste quelque chose de plus difficile à saisir : la part invisible de l’expérience humaine.
Beatriz B. Serdna développe une peinture profondément liée à l’expérience du paysage. Ses œuvres ne cherchent pas à reproduire un lieu précis mais à en restituer le vertige, l’atmosphère et la sensation. Entre huile, acrylique et abstraction, ses paysages semblent appartenir à des territoires à la fois réels et rêvés, comme des souvenirs dont les contours auraient commencé à s'effacer.
Échos suspendus invite ainsi à regarder ce qui persiste plutôt que ce qui disparaît. Les œuvres réunies ici ne cherchent pas à reconstruire le passé avec exactitude, mais à en faire ressentir les traces : une couleur, une matière, une silhouette, un objet, un mouvement. Autant de fragments qui témoignent de ce que nous avons été et de ce qui continue de nous habiter.
Inès El Aoufir
Coordinatrice d’expositions
